Le dopage 1ère partie
Le dopage 1ère partie
1 D'aussi loin que l'on se souvienne !
Définition actuelle
Actuellement, le dopage se définit comme l'utilisation de produits et de méthodes destinés à augmenter artificiellement la performance et dont les effets présentent des dangers supposés ou montrés sur la santé des personnes.
L'ambiguïté de termes tels que "artificiellement" rend la lecture d'une telle définition bien difficile. Bien qu'étant également sujette à controverses, la prise en compte de la santé des sportifs constitue une avancée très contemporaine.
Mais laissons là cette définition et revenons à une approche plus générale.
Améliorer la performance humaine
Si l'on définit le dopage comme la prise de produits à des fins d'amélioration de la capacité de performance, autant dire qu'il est, sans aucun doute possible, bien antérieur aux sources d'informations dont nous pouvons disposer.
En l'absence d'études faites sur les premiers hominidés connus, les primes représentations directes montrant l'ingestion de produits destinés à augmenter les capacités de l'organisme remontent à près de 5000 ans. A l'époque, les vertus anti-fatigue de plantes comme l'éphédra (plante contenant un stimulant réputé : l'éphédrine) étaient parfaitement connues de plusieurs civilisations.
Au 7ème-6ème siècle avant notre ère, la prise de produits, à des fins de performance, connue certainement un essor considérable.
En 776 avant Jésus-Christ, les premiers rassemblements de sportifs, chanteurs, poètes… voient le jour à Olympie. Depuis cette date, les Jeux d'Olympie se succédèrent pendant des siècles tous les 4 ans. Dans l'intervalle de temps se déroulaient d'autres rassemblements compétitifs comme les jeux Delphiques ou Corinthiens. Chaque "période de rencontres" était un événement tel que tout s'arrêtait dans le pays. Même les guerres marquaient une trêve sacrée. La majorité de la population était concernée. Les athlètes étaient déjà des "professionnels". Outre la couronne de laurier et l'huile sacrée, la victoire d'un athlète était accompagnée d'honneurs d'autant plus grands qu'ils rejaillissaient sur toute la province d'où il était originaire.
Dans ce contexte, la recherche d'un accroissement des performances était le lot de tous ces "spécialistes".
Si quelques régimes originaux (figues) ont été rapportés, la grande idée de l'époque était que la force dont il avait besoin, l'athlète devait la chercher dans les animaux. En mangeant leur chair, il pourrait s'accaparer leurs qualités. Si tous les athlètes se gavaient de viandes ; les lutteurs devaient prendre préférentiellement du porc bien gras, les sauteurs de la chèvre, les pugilistes et les lanceurs de taureaux. Le summum consistait à manger les testicules des animaux les plus forts. Nous verrons que cette pratique a été remise à la mode quelques dizaines de siècles plus tard. Elle est encore de mise dans certaines peuplades dites "primitives".
Passons rapidement sur quelques dizaines de siècles en signalant que dans d'autres contrées du monde, la noix de Kola (Afrique) était prisée pour ses vertus stimulantes ; les feuilles et les racines d'Iboga permettaient - selon le docteur Albert Schweitzer - aux indigènes du Gabon d'accomplir des efforts physiques sans ressentir les effets de la fatigue ; la feuille de coca donnait aux habitants des pays Andins (Pérou, Bolivie) la force de marcher des journées entières sans dormir ni manger… Plus près de nous, les habitants du Tyrol usaient, pour eux et leurs animaux, de doses d'arsenic pour lutter contre la fatigue et les difficultés respiratoires.
Le tableau est loin d'être exhaustif mais il a le mérite de montrer que partout dans le monde, les hommes ont su "tirer parti" des propriétés des plantes qui se trouvaient dans leur environnement.
De l'enfance à la vieillesse, l'utilisation de ces produits pouvait être systématique. Elle s'appuyait sur la base de "bienfaits" immédiatement ressentis par la personne.
Au 19ème siècle, l'utilisation de telles plantes en décoction va constituer la première forme de dopage dans la société industrielle.
2 19ème siècle : les premiers pas de l'industrie du sport
Au 19ème siècle, dans la société industrielle anglaise, le mouvement sportif prend son essor. L'époque est aux paris. Pour les sportifs, la seule règle qui prévale consiste à être le meilleur à n'importe quel prix. La recherche de produits alimentaires améliorant la performance fait partie des procédés indispensables.
Le "régime" s'organise autour de différentes idées et produits :
- l'alimentation doit être la plus nourrissante et la moins volumineuse possible. L'objectif est de faire du muscle et rien d'autre. Tout le monde pense alors que seuls les aliments d'origine animale (viandes rouges, œufs crus…) permettent d'atteindre cette fin. Tout ce qui n'est pas muscle est considéré comme inutile. Le pain est proscrit, les liquides doivent être limités par des suées, des purgations ou des massages.
- des excitants (café, thé, chocolat, alcool) sont pris avant l'effort
- des décoctions permettent de mieux supporter la fatigue. La plus célèbre est le vin Mariani. Dit aussi "vin des athlètes", il est constitué d'une base de feuilles de coca. Il valut à son heureux inventeur reconnaissance et prospérité. C'est en effet, à cette époque, la société dans son entier (communauté scientifique y compris) qui encourage ces pratiques.
A 10 km de l'arrivée du marathon olympique de 1904, le coureur de tête - Thomas Hicks - connaît une défaillance. Aussitôt, son entraîneur, décide de lui injecter de la strychnine et de lui donner une rasade de cognac. 5 kilomètres plus loin, Thomas connaît un nouveau passage à vide. Nouvelle injection qui, selon son entraîneur, lui permet de reprendre un semblant de rythme jusqu'à l'arrivée victorieuse.
Loin de susciter l'indignation, cette pratique est alors saluée comme la preuve de l'utilité des drogues prises en cours d'épreuve.
Si Thomas Hicks pouvait bénéficier d'injections de strychnine, c'est qu'avec le développement des recherches chimiques, les décoctions sont devenues obsolètes. Les substances actives des plantes comme la strychnine ou l'éphédrine sont isolées puis synthétisées à partir d'éléments organiques simples. Les posologies peuvent être contrôlées et considérablement augmentées Au début, du siècle, la course aux molécules a débuté.
A cette époque, les substances isolées étaient destinées à limiter la sensation de fatigue et provoquer un effet euphorisant.
Les sportifs d'endurance notamment n'hésitaient pas à absorber de la strychnine (une des vedettes du moment) en mélange avec de la cocaïne et de l'alcool.
D'autres substances ont également l'honneur des pelotons. L'éther, utilisé en thérapeutique depuis 1860, est absorbé par les cyclistes, mélangé à de l'alcool à 90°, sur un sucre ou en injections. L'arsenic et la morphine sont ingérés à des doses infiniment supérieures à celles préconisées dans le milieu médical.
A chaque fois, l'objectif est de limiter la fatigue ressentie et de donner un coup de fouet avant et pendant l'épreuve.
Une catégorie de substances va remplir ces fonctions "à merveille" pendant toute la durée du siècle qui se prépare : la classe des amphétamines
3 20ème siècle : la course aux amphétamines
De la viande aux sucres
Dans les années 1930, l'alimentation carnée, encore très présente, fait progressivement place aux produits sucrés. Successivement, les sucres rapides puis les sucres lents (secteur diététique) vont faire leur apparition dans l'assiette des sportifs. Dans les années 40-50, la question se pose de savoir si l'utilisation des hydrates de carbone peut être assimilée à une technique de doping ou non.
A lépoque : le mot doping s'applique à tout moyen qui peut servir à améliorer les performances sportives. Tout étant permis en matière d'ingestions de produits, ce mot ne renvoie à aucune connotation de type légale. Il s'applique à tous les produits pharmaceutiques comme l'héroïne, la cocaïne, la caféine mais également aux préparations diététiques à base de vitamines, sels minéraux habituellement consommés avec la nourriture.
De l'éphédra aux amphétamines
Quoi qu'il en soit, au milieu du siècle, les hydrates acquièrent le statut de substances favorables à l'exercice physique.
Mais à cette époque une autre évolution est déjà en "marche accélérée", une évolution qui a pour origine l'éphédra.
L'éphédra est un petit arbre à fleurs jaunes et aux baies rouges comestibles. Depuis plusieurs siècles, sa consommation était réputée faciliter l'exercice physique et supprimer la fatigue. S'il en est ainsi, c'est que l'éphédra renferme une substance appelée éphédrine qui a pour propriétés de : dilater les bronches, exciter les muscles, augmenter le taux de sucre dans le sang, repousser la sensation de fatigue.
Outre ces effets directs sur l'organisme, qui expliquent qu'on la retrouve encore 100 ans plus tard lors des contrôles anti-dopages, l'éphédrine a tenu un rôle de premier plan dans l'histoire médicale et sportive. Elle a, en effet, servie de support aux scientifiques pour la mise au point de la première amphétamine : la benzédrine.
Très vite, les amphétamines et leurs dérivés vont devenir les stars du dopage pour longtemps. Déjà répandues dans le milieu sportif, leur réputation va être assise lors de la seconde guerre mondiale. Durant le conflit, 72 millions de comprimés de benzédrine (amphétamine) seront distribués aux contingents britanniques et notamment aux pilotes de la Royal Air Force pour les aider à lutter contre la fatigue. Au Japon, les ouvriers sont gavés d'amphétamines pour accroître leur cadence de travail.
Les utilisateurs déclarent alors ne pas ressentir de fatigue et avoir une volonté intacte quelques soient les situations.
Pour comprendre comment ces effets peuvent intervenir, pénétrons au cœur de l'organisme humain.
Comment ça marche ?
Les amphétamines agissent au niveau du système nerveux central. Dans notre cerveau sont libérés en permanence plusieurs dizaines de transmetteurs différents. Chacune de ces substances à des effets plus ou moins définis.
Les amphétamines ont une configuration proche de deux de ces transmetteurs : la noradrénaline et la dopamine. Le premier composé intervient dans l'éveil, la préparation aux agressions ; le second provoque un sentiment d'apaisement et de plaisir. La présence d'amphétamines dans le cerveau engendre une augmentation de la quantité de transmetteurs disponibles et induit, par-là même, les effets comportementaux cités.
La connivence
Dans la première moitié du siècle, la grande majorité - pour ne pas dire la quasi-totalité - des athlètes de haut-niveau ayant à supporter les efforts difficiles et prolongés ont absorbé des amphétamines. Cela ne posait aucun problème puisque, après avoir été recommandées puis délivrées (guerre), ces dernières sont restées en vente libre en France jusqu'en 1955.
L'utilisation était d'autant plus aisée que les prix étaient raisonnables. De plus, après la guerre, l'arrivée sur le marché de seringues auto-injectables permit de "s'alimenter" beaucoup plus facilement, sans interrompre l'effort.
Le sport n'est pas le seul secteur touché. Après la guerre, les amphétamines sont utilisées dans tous les corps de métiers, à chaque fois qu'une fatigue doit être endurée, à chaque fois qu'un travail physique ou intellectuel important doit être accompli. Les étudiants, professions libérales, ouvriers utilisent ces produits de manière plus ou moins prolongée.
Indétectables ?
Dans le milieu sportif français, la première loi anti-dopage de 1965, notifie explicitement les amphétamines parmi les produits interdits. Dès lors, les sportifs et leur entourage vont mener une véritable course pour éviter d'être pris aux contrôles.
La première année (1966), un contrôle sur trois est positif. L'année suivante, ce taux est guère supérieur à 10%. Cela ne signifie nullement que moins d'athlètes se dopent mais simplement qu'ils ont su déployer des astuces leur permettant de passer au travers des contrôles. Nous reviendrons sur les techniques permettant de s'assurer de n'être pas pris. En fait, si les athlètes sont pris au contrôle c'est chaque fois pour des raisons inhabituelles : un médecin qui applique les consignes de manière plus stricte que ses collègues, la mise sur le marché de nouveaux tests de dépistages sans que l'encadrement des sportifs soit mis au courant…
Ce va-et-vient entre dépistage et dopage est particulièrement mis en lumière par les "péripéties" qui se sont produites, dans les années 70, entre le biochimiste belge Michel Debackere et les stars du vélo.
A l'époque, des stimulants apparentés aux amphétamines avaient les faveurs du peloton. Il s'agit du groupe des pipéridines (Lidépran, Mératran, Ritaline). Cette popularité s'expliquait par le fait que les sportifs avaient constaté que les contrôles étaient incapables de démasquer ces substances. Pourtant, en 1974, un laboratoire dirigé par Michel Debackere découvre le moyen de repérer ces produits. Conséquence, au printemps de la même année, treize cas positifs sont trouvés. Cette vague de contrôles stoppa nette l'utilisation de ce groupe de substances.
Dans la foulée, un autre produit indécelable apparenté aux amphétamines venait les remplacer. La pémoline devenait le nouveau produit à la mode. S'en suivirent, "3 ans de bonheur sous pémoline". Mais en 1977, patatrac, il faut à nouveau changer de produit. En effet, le même Michel Debackere a trouvé le moyen de déceler le produit incriminé. Mieux encore, il s'est débrouillé pour garder sa trouvaille secrète jusqu'à confondre le roi du peloton : Eddy Merckx. "Tout le monde en prenait alors, tu faisais comme les autres" déclara le coureur.
Le lien entre sportifs et substances dopantes était si ténu que chaque produit avait son surnom : mémé pour le Mératran, lili pour le Lidépran, riri pour la Ritaline ; sans parler du pot belge et de la friandise du docteur x…
En dépit de cette banalisation qui peut laisser penser à des pratiques anodines, l'ingestion d'amphétamines n'est pas sans risques pour la santé des coureurs.
Les risques
Les amphétamines peuvent provoquer des effets secondaires indésirables.
Tout d'abord, elles peuvent altérer le jugement. Voyant tout "en rose", les sportifs dopés ont tendance à se voir meilleurs qu'ils ne le sont réellement. Le cas d'un joueur de base-ball venant de louper trois lancers et refusant de quitter le terrain parce qu'il "jouait si bien" a été rapporté par un médecin américain. Sous amphétamines, les coureurs croient courir plus vite, les lanceurs lancer plus loin qu'ils ne le font !
Mais les effets psychologiques peuvent être plus marqués. En 1941, à l'arrivée d'un cross se déroulant dans les environs de Bâle, trois coureurs présentèrent des comportements étranges. Après être arrivé, le premier de la course se mit à tenir des propos incohérents, à menacer son entourage, à s'agiter en déclarant qu'il voulait avaler des morceaux de verre. Le deuxième ressenti des malaises pendant plusieurs heures. Enfin, un troisième coureur fut arrêté dans la dernière partie du circuit. Il ressentait des secousses, était convaincu qu'il allait être condamné à mort pour s'être dopé. Alors qu'il semblait calmé, il se leva brusquement et alla se jeter dans une rivière. Il y mourut noyé.
Les trois coureurs avaient pris une substance apparentée au groupe des amphétamines, la Pervitine.
En 1948, même le grand Zatopek présenta, à l'arrivée du 10 000m des jeux olympiques de Londres, un comportement très étrange. Terriblement excité, il menaça les officiels, jeta une chaise en l'air, tomba, se releva puis parti aux vestiaires. Cet excès d'excitation était-il du à la prise d'amphétamines ?
Outre, ces effets psychologiques, les amphétamines peuvent provoquer des troubles physiques divers comme des tremblements, des accélérations du rythme cardiaque, des insomnies, un amaigrissement par leur effet coupe faim, des vertiges et bien plus encore…
Eté 1967, 13ème étape du tour de France entre Marseille et Carpentras. Il est 17h, la température avoisine les 45°C à l'ombre. Sur les pentes du Mont Ventoux, à 2 kilomètres du sommet, un coureur s'effondre. L'Anglais Tom Simpson est en train de succomber aux effets combinés des amphétamines et d'une déshydratation prononcée. En dépit des secours apportés, à 17h40 la mort intervient officiellement.
L'action des amphétamines permet de comprendre comment un sportif peut en arriver à de telles extrémités.
Nous avons dit que ces substances suppriment la sensation de fatigue. Or, les conséquences de cette dernière sont belles et bien présentes. Si le corps ne perçoit plus la douleur, ces capacités physiques, elles n'ont pas changé. Le sportif est alors comme un conducteur qui ne verrait pas s'allumer un à un les voyants de son tableau de bord. Il continue à se donner, ne reçoit pas les signaux de la fatigue, d'un coup de chaleur… Il peut ainsi continuer jusqu'à la défaillance, jusqu'à la mort par épuisement (collapsus, désamorçage cardiaque, déshydratation…). Mort pour ne pas être parvenu à prendre en compte ses propres douleurs. Le "coup de fouet" attendu se paye parfois au prix fort.
En dépit, de ces dangers, les amphétamines continuent à être utilisées soit comme stimulants, soit comme produits masquant.
Parallèlement, d'autres substances, comme la cocaïne, ont traversé le siècle pour des effets principaux proches de ceux décrits ci-avant. Les sportifs consommateurs rapportent des sensations de toute puissance et d'invincibilité. Là encore, le temps fait son affaire de tels sentiments.
Si les amphétamines ont des effets psychiques marqués sur l'organisme, leur portée physique est trop limitée pour satisfaire les sportifs en mal de performances. D'autres substances doivent se charger de ce versant de la performance.
4 Un siècle d'anabolisants
4.1 Les hormones anabolisantes
Tout le monde a déjà entendu parler d'hormones anabolisantes. En physiologie, l'anabolisme représente l'ensemble des synthèses de molécules aboutissant à leur assimilation par l'organisme. Une hormone anabolisante est un produit qui favorise la constitution de tissus organiques à partir d'éléments simples puisés dans l'alimentation. Comme les tissus dont il est le plus question en sport sont les muscles, ces produits ont souvent été qualifiés d'engrais musculaires.
Puisqu'il s'agit de faire "pousser le muscle", nous concevons aisément le rôle que peuvent jouer ces substances dans toutes les disciplines de force - vitesse. Mais en endurance ! Dans des sports où la légèreté tient une place si importante ; il doit être impossible d'utiliser des produits qui augmentent le volume musculaire. A coup sûr, les hormones anabolisantes ne peuvent concerner les sports de durée !
Et bien détrompons-nous. Nous verrons que tout est possible à qui sait "jongler" entre produits et régimes alimentaires.
Mais avant cela, étudions le mode d'action des substances anabolisantes.
C'est quoi et comment ça marche ?
Le nom hormone vient du grec hormao signifiant je stimule, j'excite. Dans l'organisme, les hormones provoquent cette stimulation de façon analogue.
Produites dans des régions bien localisées (glandes), elles sont libérées dans la circulation, se déplacent dans tout l'organisme pour finalement venir se fixer sur des récepteurs spécifiques ; un peu comme une clé viendrait trouver le verrou pour lequel elle est faite.
Ce "déverrouillage" hormonal induit des suites de réactions qui aboutissent, dans le cas des hormones anabolisantes, à la construction de tissus vivants.
En fonction de leur formule chimique, de leur mode d'action ou encore de leur lieu de synthèse, il est possible de distinguer plusieurs catégories d'hormones anabolisantes. En ce qui nous concerne nous retiendrons :
- les hormones stéroïdes solubles dans les graisses. Elles proviennent de la transformation du cholestérol dans certaines glandes endocrines. La plus représentative est l'hormone mâle appelée aussi testostérone.
- les bêta-agonistes dont nous allons détailler le mode d'action
- les hormones peptidiques parmi lesquelles se trouvent la fameuse hormone de croissance, l'insuline… et de futures stars des médias comme les facteurs de croissances (IGF-1).
Pour comprendre plus finement le mode d'action de ces hormones, prenons le cas des bêta-agonistes.
Les bêta-agonistes ou bêta-stimulants sont des substances qui agissent principalement sur le système nerveux autonome. Ce réseau nerveux comprend :
- des voies de circulation (les fibres) qui partent du cerveau (hypothalamus) et descendent par la moelle épinière pour ensuite se distribuer à tous les étages du corps
- des aires de repos et de ravitaillement (les ganglions)
- des éléments cibles qui sont en fait tous les organes et viscères du corps
- des transporteurs qui assurent la liaison entre les voies de circulation et les organes
Son rôle est d'assurer le maintien du milieu intérieur de l'organisme dans des limites compatibles avec la vie et ceci en dépit des variations de l'environnement. Pour ce faire, il dispose d'un double système de commandes contradictoires : le système parasympathique (calmant) et le système orthosympathique (excitant). Dans le premier cas, le messager s'appelle l'acétylcholine, dans le second l'adrénaline. C'est à ce transmetteur que nous allons nous intéresser.
L'adrénaline est donc l'hormone du système permettant d'activer l'organisme. Elle est la clé qui assure l'ouverture des petits verrous appelés récepteurs bêta qui sont présents sous des formes différentes à plusieurs endroits stratégiques de l'organisme (cœur, artères, bronches, muscles…). La libération d'adrénaline met l'organisme en état de préparation à l'action. Elle active les grands systèmes fonctionnels (respiration, circulation), joue sur les émotions et la pensée. Mieux encore, elle renforce l'organisme pour d'éventuelles actions à venir (synthèses protéiques).
Or, les bêta agonistes viennent se placer sur les récepteurs à adrénaline provoquant les mêmes réactions que cette dernière. A terme, ils permettent un gain considérable de masse musculaire et une diminution non moins importante des graisses corporelles.
A présent que nous avons entrevu le mode d'action des hormones anabolisantes, voyons comme elles ont pénétré le secteur sportif.
Histoire
Nous avons signalé que les athlètes grecs se doutaient déjà que la force des animaux résidait dans leurs testicules. A la fin du 19ème, un physiologiste français réputé répondant au doux nom de Edouard Brown-Séquard s'enticha à le montrer. Pour ce faire, il fit un mélange de sang issu de testicules animales, de sperme, d'extraits de testicules de chien et de porc et se l'injecta en sous cutané. A ses dires, il ressentit de suite une vigueur accrue, des capacités intellectuelles revigorées.
Quarante ans plus tard, l'hormone mâle est isolée puis synthétisée. Dès lors, les sportifs disposent des clés permettant à la kyrielle "d'ouvriers" de leur organisme d'activer les machines de l'usine cellulaire. La fabrication industrielle de tissus organiques peut s'enclencher ; l'ère du dopage à la testostérone peut commencer.
Déjà dans les années d'avant guerre, puis dans les années 50, les rumeurs font état d'utilisation de stéroïdes anabolisants par les athlètes soviétiques. Après confirmation auprès de leurs homologues russes, les coaches américains suivent la tendance.
Dans les années 60, les records, dans les disciplines de force comme les lancers, s'envolent. Les athlètes acquièrent une nouvelle stature ; des gabarits "jamais vus" investissent les stades. Si l'effet sur les sportifs hommes est important, nous verrons qu'en ce qui concerne les femmes, il est déconcertant.
Mais quel rapport avec les sports d'endurance me direz-vous ! Nous y venons.
Pour "gagner du muscle", il ne suffit pas de se gaver de testostérone. Il faut parallèlement s'entraîner très dur en pratiquant des exercices de force. Il convient également de manger énormément de produits d'origine animale (protéines). Des régimes de près de 9 000 kcal par jour permettent d'espérer des prises de poids pouvant dépasser 25 kg en quelques mois.
Cependant en cas de prise de testostérone couplée avec un régime pauvre en lipides et en protéines, le poids reste stable.
C'est tout bénéfice pour les sportifs d'endurance qui peuvent bénéficier de tous les autres effets des anabolisants stéroïdiens sans augmenter leur poids. Parmi les avantages recherchés citons la limitation des effets de la fatigue, l'accélération de la vitesse de récupération donc la possibilité de s'entraîner davantage, l'augmentation de la volonté et de la confiance en soi.
Ces prérogatives n'ont pas laissé insensibles les vedettes des sports d'endurance. Depuis l'instauration des contrôles, de nombreux coureurs ont été pris positifs aux anabolisants : 1983, le Finlandais Vainio trouvé positif au marathon de Rotterdam ; 1984, le même finlandais 2ème du 10 000m olympique est disqualifié pour faits de dopage aux anabolisants ; 1987, Le Polonais Antoni Niemczak arrivé deuxième du marathon de New-York ; 1988, la marathonienne belge Ria Van Landeghem est trouvée positive lors du contrôle préolympique ; 1990, la Soviétique Sirjet Eichelman 4ème du marathon de Los Angeles ; au mois d'avril de la même année, en France, un coureur de marathon et un spécialiste de 100 km subissent un contrôle positif à la nandrolone (stéroïde anabolisant)…
Depuis 20 ans des dizaines de marathoniens et autres spécialistes d'endurance se sont fait prendre pour prise d'anabolisants. Quand on connaît les difficultés et les lacunes des contrôles, on imagine l'ampleur du phénomène.
Les avantages semblent tels que la plupart des spécialistes pourraient y avoir recours. En 1973, Jean-Marie Wagnon un des meilleurs coureurs français déclare même qu'aucun grand champion de demi-fond et de fond ne peut se passer des produits anabolisants.
Ce faisant, ils acceptent de mettre en péril leur santé.
Les risques
La prise de testostérone peut provoquer des intoxications avec lésions de cellules du foie, augmenter le risque de cancers et d'accidents cardio-vasculaires.
Chez l'homme l'injection de testostérone inhibe la production de cette hormone par l'organisme et peut conduire à des atrophies des testicules. Enfin, une partie des hormones stéroïdes est susceptible de se transformer en œstrogène (hormone féminine) et engendrer la formation de seins chez des sujets masculins. Mais dans l'ensemble, l'effet des stéroïdes anabolisants sur les caractères secondaires sexuels se fait plutôt sentir dans le sens inverse.
Etant une hormone masculinisante, la testostérone provoque, chez la femme, la survenue de caractères masculins. En moins d'un mois, le visage et le dos se couvrent d'acné dans plus d'un cas sur deux ; les secrétions de sébum gras augmentent au niveau de la peau et des cheveux (récepteurs cutanés). La libido est souvent exacerbée. En quelques mois, la voix devient rauque (les cordes vocales s'épaississent), les cheveux deviennent plus fins et moins long, leur chute s'accroît. Une calvitie précoce peut apparaître au niveau des lobes frontaux. En revanche, le menton et le dessus de la lèvre supérieure se couvrent de poils. La toison pubienne s'agrandie vers le bas. La face interne des cuisses, le tour des mamelons et la région située entre les seins se couvrent d'une pilosité typiquement masculine. Les règles sont stoppées, le clitoris et les grandes lèvres ont tendance à grandir, les seins s'atrophient, le bassin s'affine tandis que les épaules s'élargissent. Selon le régime alimentaire, les muscles peuvent grossir, leur relief s'accroît. Les comportements tendent vers une recherche effrénée de plaisir et une agressivité décuplée.
Bien qu'impressionnants, ces symptômes ne semblent pas constituer un facteur limitant la prise de stéroïdes anabolisants. Depuis que les premières lois anti-dopages ont été promulguées, la seule chose qui paraisse stopper la prise d'un produit c'est son caractère détectable.
En 1973, l'équipe anglaise dirigée par le professeur Brooks mit au point une méthode de détection des anabolisants. Cependant, la découverte n'eut pas d'effets marqués. En effet, il suffisait que les sportifs arrêtent la prise de dopants 2 ou 3 semaines avant le contrôle pour qu'ils ne soient pas positifs. Or, l'arrêt des anabolisants même plusieurs mois avant les compétitions n'a pas d'effets très marqués sur la capacité de performance.
L'inefficacité des contrôles est montrée par le fait qu'en 20 ans, les athlètes de l'ex-RDA qui utilisaient ces produits en quantité industrielle n'ont connu qu'un seul contrôle positif. De même, Ben Johnson confondu "par bêtise" en 1988, a passé sans encombre des dizaines de contrôles anti-dopages alors qu'il se dopait aux stéroïdes anabolisants depuis plus de 7 ans.
Finalement, ce qui a pu limiter la prise de stéroïdes c'est l'arrivée sur le marché d'anabolisants plus efficaces et encore moins risqués.
4.2 Au-delà de la testostérone : les bêta-agonistes
Parmi les produits incriminés se trouvent des substances destinées, à l'origine, à favoriser la respiration du bétail : les bêta-agonistes (ou bêta-stimulants). Les éleveurs s'étant rendus compte que ces médicaments augmentaient considérablement la masse des animaux, ils en ont fait un usage intensif. Résultat : des dizaines de kilos gagnés, des milliers de billets empochés et des centaines d'épidémies alimentaires déclenchées !
Mais qu'importe. Des écuries aux stades il n'y a qu'un pas que l'encadrement sportif a vite franchi.
Dans les années 1980, les bêta-stimulants tendent à remplacer les stéroïdes anabolisants. Les effets recherchés sont les mêmes que ceux engendrés par la testostérone. Cependant, le gain de muscles peut être deux fois plus grand. Par ailleurs, la prise de poids peut être limitée du fait d'une baisse importante des graisses corporelles. En ce qui concerne les spécialistes de sports d'endurance, l'amélioration de la fonction respiratoire, l'augmentation des charges de travail, la diminution des temps de récupération, la stimulation de la volonté sont les principaux effets attendus.
Une expérience menée en 1988 auprès d'athlètes a montré que les sportifs ayant consommé des bêta-stimulants maintenaient le sprint final d'une course simulée plus longtemps que les athlètes "propres".
Tout semble concourir à l'utilisation de ces substances. Leur formule est facile à copier, elles sont présentent dans de nombreux médicaments, leur temps de vie dans le sang est réduit (quelques jours au plus) tandis que leurs effets sont durables. Enfin, de nombreux produits sont capables de les masquer ; le risque de se faire prendre est donc très faible. Seuls des contrôles inopinés chanceux comme ceux subis par la sprinteuse Katrine Krabbe et ses acolytes d'entraînement en 1992 permettent de confondre les athlètes.
Compte tenu de ces avantages, tous les sports sont touchés. Les disciplines de force et de vitesse bien sûr mais également l'ensemble des disciplines d'endurance dont les sportifs semblent adeptes du Salbutamol.
Pourtant, tout n'est pas si rose tant pour la santé des athlètes que pour leurs performances.
Il y a quelques années, une équipe de chercheurs australiens a soumis deux groupes de rats à des entraînements de nage et de course. Un des deux groupes était "nourri" aux bêta-stimulants (injections de Clenbutérol). Si les premières semaines de l'expérimentation ont fourni les résultats attendus (les rats dopés étaient plus performants), la tendance s'est inversée dans la quatrième semaine. Les rats dopés ont alors montré des signes d'épuisement manifestes, leurs performances se sont dégradées jusqu'à devenir inférieures à celles des rats "sains". Après dissection, les scientifiques se sont rendus compte que les rats dopés avaient un cœur encombré de tissus conjonctifs en lieu et place du tissus musculaire.
Ainsi, il semblerait que, suite à une utilisation de bêta-stimulants, les fibres musculaires tendent à être remplacées par du tissus conjonctif. Le risque d'arrêt cardiaque est évident. Autres désagréments entrevus : tremblements, maux de têtes, soupçons quant à l'élévation des risques de cancers…
Pour les adeptes que ces ennuis refroidiraient, il reste un must en terme de produit anabolisant. Nous avons nommé l'hormone de croissance
4.3 L'hormone de croissance
L'hormone de croissance ou somatotropine ou hGH est recherchée pour deux raisons principales :
- favoriser la prise de muscles (synthèse des protéines et actions sur l'ARN) grâce à des prises associées à un régime protéiné (suppléments en acides aminés) et un entraînement intensif.
- augmenter les charges d'entraînement grâce à une amélioration de la récupération et une diminution de la fatigue engendrée par l'exercice. L'hormone de croissance est l'hormone de la récupération.
La première utilisation est le fait des sportifs pratiquant des activités de force-vitesse, la seconde est le fait des "endurants".
A l'inverse des stéroïdes anabolisants, la détection de l'hormone de croissance est extrêmement difficile pour ne pas dire impossible. En effet, elle n'est plus détectable dans le sang quelques minutes seulement après son absorption. Après trente minutes, la moitié de la quantité d'hormone ingérée a disparu de la circulation.
Risques
Si les produits actuellement sur le marché sont, depuis 15 ans, synthétisés par génie génétique, l'utilisation de l'hormone de croissance remonte aux années 60. Pendant plus de 20 ans (c'est à dire jusqu'en 1983), les sportifs se sont fournis en hormones prélevées sur des animaux morts. Outre, les réactions allergiques que cela a provoqué à l'époque, on entend parler maintenant de cas de maladie de Creutzfeld-Jakob.
. Parmi les effets secondaires observés, on note une croissance des os longs qui se traduit chez les sportifs par des pieds qui grandissent (certains cyclistes ont pris 2 tailles de chaussure en une saison), des maxillaires qui s'allongent ce qui peut provoquer un déchaussement des dents. Ne nous étonnons donc pas si nous voyons des ribambelles d'athlètes se promener avec des appareils dentaires. Ce n'est ni une envie soudaine d'être plus beau, ni une nouvelle mode, ni même une conséquence des forces engendrées par le mouvement…
.
joli sourire !
Carl Lewis
joli sourire bis !
Leroy Burrel
Quant aux effets à moyen terme sur la santé, ils sont peu connus mais on parle déjà de diabète, d'arthrose, de risques cardiaques et de cancers. Par ailleurs, à l'instar des effets observés avec les bêta-stimulants, il semblerait que la prise de masse soit surtout le fait de collagènes (tissus conjonctif) et pas de tissus musculaires.
Le plus souvent, l'hormone de croissance n'est pas prise seule mais en association avec un facteur de croissance appelé IGF-1.
4.4 IGF-1 (insuline growth factor - 1)
Dans l'organisme, l'hormone de croissance agit au niveau des récepteurs situés sur les membranes des cellules cibles (cartilages, muscles…). Mais son action est également plus ciblée. En effet, l'hormone de croissance agit en relation étroite avec un composé secrété par le foie : le facteur IGF-1 (ou somatomédine C). Même si les liens entre les deux substances sont difficiles à démêler (l'hormone de croissance semble provoquer la libération d'IGF-1 et préparer les tissus à réagir à sa présence), toutes deux s'influencent réciproquement de manière positive (rétroaction positive).
La prise en simultané du puissant facteur de croissance qu'est l'IGF-1 et de l'hormone de croissance devrait aboutir (ou aboutit déjà) à des résultats qui seront sans nul doute détonants.
La dernière hormone anabolisante, particulièrement utilisée par les sportifs, a une structure et des actions communes avec l'IGF-1 mais possède un nom beaucoup plus connu.
4.5 L'insuline
L'insuline est connue pour permettre la mise en réserve dans les tissus du sucre circulant dans le sang. Ce simple effet peut contribuer à accélérer la vitesse de la récupération après un effort. Son utilisation dans le cadre des sports d'endurance doit certainement être limitée ou tout du moins très contrôlée dans la mesure où des doses trop fortes aboutiraient à la prise de masse grasse.
En plus de son action hypoglycémiante (baisse du taux de sucre sanguin), ce qui est moins connu, c'est que l'insuline a été longtemps considérée comme le principal facteur contrôlant la croissance des tissus. Même si depuis, ce rôle a été attribué à une substance dont la structure lui est extrêmement proche - l'IGF-1-, il n'en reste pas moins que prise à hautes doses, l'insuline a des effets anabolisants qui ne sont pas négligeables. De plus, sa présence est nécessaire au maintien et parfois à l'activation de l'action d'autres hormones.
Partant du principe que "le mieux n'est pas l'ennemi du bien", le plus souvent, la pratique dopante passe par l'utilisation simultanée, ou en périodes, de plusieurs des molécules dont nous venons de parler.
En ce qui concerne les sports d'endurance, il semblerait que la planification la plus à la mode en matière de produits anabolisants passe par deux périodes :
- période 1 : les produits dominants sont les hormones anabolisantes (stéroïdes et bêta agonistes)
- période 2 : l'hormone de croissance devient prépondérante.
Bien évidemment le planning n'est pas complet, il manque encore les produits destinés à stimuler plus encore l'envie, à préserver les réserves de l'organisme et surtout à faciliter le transport des gaz.
Commençons par la régulation de l'humeur et des réserves de l'organisme
5 Des corticoïdes
Les corticoïdes sont des hormones stéroïdiennes secrétées par des petites glandes situées juste au-dessus des reins. Les plus connues de ces hormones sont certainement le cortisol (hormone physiologique) et la cortisone.
Au niveau biologique, elles ont un effet exactement inverse à celui des hormones anabolisantes de la même classe (stéroïdes anabolisants). Alors que ces dernières puisaient dans les réserves pour faire du muscle, elles contribuent à former des produits utilisables par ces mêmes muscles (sucres) en puisant dans les réserves de protéines. Cette action peut être intéressante à différents moments de l'activité d'endurance :
- pendant l'effort, elle agit en renforçant l'action d'une autre hormone des situations d'urgence qu'est l'adrénaline. En effet, elle aide à fournir le glucose nécessaire à la poursuite de l'effort.
- à l'issue de l'effort, elle permet de reconstituer les stocks de glycogène épuisés par l'exercice.
Bien que prégnants, ces effets ne semblent pas ceux prioritairement recherchés par les dopeurs. Si tel était le cas, ils s'exposeraient à des désagréments notoires. En effet, une utilisation prolongée de ces substances conduit à des déstructurations musculaires - notamment au niveau des membres inférieurs- ce qui est loin d'être favorable à la poursuite du processus d'entraînement. Du point de vue biologique, il ne semble pas que les effets biologiques positifs puissent compenser les inconvénients sur le moyen terme.
Ce constat doit nous inciter à chercher dans une autre direction le pourquoi de l'utilisation des corticoïdes.
Le second effet des corticoïdes est une action anti-inflammatoire et anti-douleur. Là aussi, si cet effet peut être notoire dans certains contextes, il ne semble pas suffisant pour induire une répétition des prises.
En fait, il semble que le principal effet attendu se joue au niveau du système nerveux central. Les corticoïdes ont des effets psychologiques qui vont dans le sens d'une baisse de la sensation de fatigue et d'une régulation de l'humeur. Les sportifs adeptes de ces produits déclarent ressentir une envie décuplée, une sensation d'euphorie associée à un sentiment de toute puissance.
Risques
Hormis la fonte musculaire déjà citée, la seconde conséquence physiologique néfaste résultant d'une prise de corticoïdes est un déséquilibre hydroélectrique qui se manifeste par des oedèmes et une prise de poids par rétention d'eau. Pour limiter ces effets, ces substances sont souvent associées à la prise d'anabolisants et de calcium.
Par ailleurs, l'absence de perception des signes douloureux peut conduire aux mêmes extrémités que celles rencontrées dans le cas des amphétamines (épuisement). Enfin, des troubles psychotiques peuvent intervenir. Ces désordres sont toutefois plus modérés que ceux découlant de la prise d'amphétamines.
Compte tenu de ce que nous venons de dire et des particularités liées à l'entraînement dans les sports de durée, il semble que le moment le plus propice à la prise de corticoïdes se situe à la fin de la première période, après la phase "dédiée" aux anabolisants.
Nous obtenons donc une planification de type :
- période 1 : produits anabolisants
- période 2 : corticoïdes (en fonction de l'état psychologique et physique du sportif, cette période peut être plus ou moins confondue avec la première)
- période 3 : hormone de croissance et IGF-1
En période 4 arriverait la gamme des produits destinés à améliorer le transport des gaz dans l'organisme
6 Puis vint l'EPO et ses acolytes… : transporter les gaz
Toutes les méthodes permettant d'accroître les capacités de l'organisme à extraire l'oxygène et le transporter jusqu'aux muscles sont susceptibles d'améliorer les performances dans les sports de durée.
Historiquement, un des premiers moyens utilisé est l'autotransfusion de sang.
quels moyens pour quelles places ?
6.1 L'autotransfusion
Les premiers essais consistant à prélever du sang à une personne pour lui réinjecter par la suite, ont été mis sur pied dans les années d'après guerre (1947) par l'armée américaine. Toutefois, la technique a été réellement affinée en 1972 par le professeur Ekblom B de l'institut de physiologie de la performance de l'école suédoise de sport à Stockholm. Elle consiste à prélever du sang à l'athlète pour lui réinjecter quelque temps avant la compétition.
Pendant l'entraînement, le staff médical prélève environ 1l de sang. Ce dernier est alors conservé selon un protocole assez rigoureux. Dans la semaine qui précède la compétition, les globules sont retransfusés à l'athlète. Pourvu de davantage de globules rouges, donc de possibilités accrues de transport d'oxygène, ce dernier présente, en moyenne, une élévation de ses performances de l'ordre de 10 à 20%. Les effets se prolongeraient pendant deux semaines. Une étude publiée en 1987 faisait état d'une amélioration des temps de une minute sur un 10 000m chez des coureurs de bon niveau.
Les risques d'une telle pratique sont une réaction de destruction des hématies (globules rouges), la survenue d'infections et un accroissement de la viscosité sanguine pouvant être à l'origine de problèmes cardiaques.
Les problèmes de conservation et les risques encourus lors de la transfusion ont limité la prolifération de cette méthode de dopage. Il n'empêche que toute une génération de spécialistes d'endurance ont "bénéficié" de ses effets. Parmi les athlètes suspectés citons le champion olympique spécialiste des 5000 et 10 000m, Lasse Viren ; l'Italien champion du monde de cross Alberto Cova, le cycliste Francesco Moser (les deux derniers athlètes étaient entraînés par le même professeur Conconi qui fut par ailleurs responsable de la lutte antidopage en Italie !). Si ces sportifs n'ont jamais confirmé les faits, d'autres comme le Russe Antipov (10 000m), les Finlandais Leppilampi (3000m steeple) et Maaninka (5000-10 000) ont avoué avoir pratiqué cette méthode.
Si l'autotransfusion a été la star des années 70, à l'époque, une autre technique destinée notamment à améliorer l'oxygénation de l'organisme sévissait depuis une vingtaine d'années.
6.2 Des grossesses d'Etat
Depuis les années 50, plus d'un tiers des athlètes féminines de certains pays de l'Est notamment auraient été enceintes. Ce taux est bien supérieur à celui trouvé dans le reste de la population. Et pourtant, les sportives ne font pas plus d'enfants que leurs homologues sédentaires.
Fin des années 80, l'affaire de nombreuses fois pressentie et évoquée durant 40 ans explose au grand jour. Des entraîneurs engrossaient des athlètes puis les faisaient avorter afin de profiter des effets physiologiques liés à la grossesse. Les sportives pratiquant les activités d'endurance étaient les plus concernées.
Les effets de la grossesse sont proches de ceux engendrés par l'entraînement de durée. Le cœur augmente de volume, la quantité d'hémoglobine (pigment assurant le transport de l'oxygène) est accrue, la ventilation est quasiment multipliée par deux. La consommation maximale d'oxygène de l'organisme peut être augmentée de 10 à 30%.
Afin de bénéficier de tous ces avantages sans avoir à subir le désagrément d'une prise de poids exagérée, la grossesse était interrompue après 3 à 6 mois.
Bien évidemment, tous les cas de sportives enceintes ayant accomplit des exploits ne relèvent pas du dopage. Rappelons à ceux qui en douteraient, que la grossesse est un phénomène on ne peut plus naturel.
Les deux méthodes dont nous venons de parler (autotransfusion et grossesse) ont, sans aucun doute, été avantageusement associées à l'utilisation de substances facilitant, elles aussi, la captation des gaz de l'environnement et leur transport dans l'organisme.
6.3 Quelques substances pour activer la respiration et la circulation
La Pentoxifyline
Apparentée aux dérivés des venins de serpents, la Pentoxifyline a été mise sur le marché en 1972.
Son action sur le transport des gaz est avant tout périphérique.
A proximité des fibres musculaires, la progression des globules rouges peut être entravée voir stoppée. Ils peuvent, en effet, avoir à passer par des capillaires (petits vaisseaux) dont le diamètre est inférieur au leur.
La Pentoxifyline tend à accroître les capacités de déformation des globules rouges. Capables de se déformer plus facilement, ils peuvent progresser à travers les capillaires en question et ainsi contribuer à augmenter la circulation donc la libération d'oxygène à proximité des fibres musculaires.
Ce produit est tout à fait complémentaire de la technique de l'autotransfusion dans la mesure où il contribue à réduire la viscosité du sang. Nous verrons que cette propriété peut aussi s'avérer intéressante dans le cadre d'un autre type de dopage destiné à augmenter le taux de globules rouges dans le sang.
L'utilisation de ce produit est d'autant plus intéressante pour les dopeurs qu'il n'est absolument pas recherché par les contrôles. Le médicament utilisé par les sportifs a pour nom le Torental.
Les quelques effets secondaires notifiés dans le cadre d'utilisations à des doses thérapeutiques sont des troubles digestifs (diarrhées, vomissements) et de rares cas de vertige.
Pentétrazol (nom commercial = Cardiozol), bêta-agonistes…
Les substances citées ont des effets sur la respiration (captation de l'oxygène), la circulation (transport) et l'utilisation de l'oxygène par l'organisme. L'objectif attendu est bien évidemment une amélioration de la performance aérobie mais aussi une moindre perception des effets de la fatigue.
Selon les cas, parmi les risques encourus citons des altérations des structures organiques (élévation des oxydations) ainsi qu'un dépassement des capacités fonctionnelles du cœur notamment (collapsus).
Des hormones thyroïdiennes
La thyroïde est une petite glande située à la base du cou intervenant dans de nombreuses régulations corporelles. La plupart des hormones qu'elle secrète ont des actions sur le transport et l'utilisation de l'oxygène, la "consommation" des graisses. Dans le milieu sportif, elles sont généralement utilisées pour augmenter l'efficacité du transport d'oxygène et pour renforcer l'efficacité de l'action des hormones anabolisantes.
Revers de la médaille, elles accroissent les risques de maladies cardiaques et peuvent provoquer des problèmes digestifs, des vertiges, des fièvres…. Ces problèmes peuvent être d'autant plus prégnants que les contrôles (qu'ils soient fait par les dopeurs ou les anti-dopeurs) sont rendus totalement inefficaces par les fluctuations permanentes des taux de ces hormones. Dernière précision, les hormones thyroïdiennes ne font pas partie des produits interdits par les instances sportives fédérales.
Si les substances dont nous venons de parler ont pu et peuvent encore aider à la performance dans les activités d'endurance, aucune n'a connu la "gloire" de celle dont nous allons parler à présent.
6.4 EPO
EPO pour erythropoïétine (du grec eruthros signifiant rouge et poïesis signifiant produire, créer). L'EPO est une hormone protéique habituellement produite par le rein. De ce lieu de sécrétion, elle migre dans la moelle des os où elle stimule la production des érythrocytes (globules rouges).
Utilisée en thérapeutique pour le traitement des anémies, son "ingestion" permet à un individu sain d'augmenter le nombre de ses globules rouges donc sa capacité à transporter l'oxygène jusqu'aux muscles. On comprend l'intérêt majeur que cette hormone peut revêtir pour les spécialités d'endurance.
En 1987, avant même d'être mise sur le marché (période d'expérimentations cliniques), alors qu'elle vient tout juste d'être synthétisée par génie génétique de l'hormone naturelle, l'EPO apparaît dans le milieu du sport de haut-niveau.
Depuis cette date et jusqu'à aujourd'hui, l'EPO a été plébiscitée par les sportifs pratiquant les activités d'endurance. Cet engouement s'explique par une efficacité ressentie par les sportifs ("sentiment d'avoir un turbo") et prouvée par de nombreuses expérimentations scientifiques.
Le médecin suédois, Bjorn Ekblom, celui là même qui avait mis au moins la technique de l'autotransfusion, fut un des premiers scientifiques à prouver l'efficacité de l'EPO. L'amélioration trouvée au niveau de la performance était de l'ordre de 10% en trois semaines. Depuis, ce chiffre a été confirmé plusieurs fois. Après 6 semaines de traitement, l'augmentation de la consommation d'oxygène serait de 8% et celle de la performance de 16%.
Le fameux Ekblom a même été jusqu'à comparer l'utilisation d'EPO avec l'autotransfusion pour trouver que dans les deux cas la hausse de VO2max est comparable.
Même si tel est effectivement le cas, l'utilisation d'EPO présente de multiples avantages sur l'autotransfusion :
- la méthodologie des injections est infiniment plus simple
- les injections peuvent être répétées à intervalles contrôlés et adaptées en fonction des réactions du sportif.
- l'hormone disparaît rapidement du sang (en 48h les taux sont revenus à la normale) alors que ses effets se prolongent plusieurs semaines. Remarquons que ce simple constat rend dérisoire toute tentative de contrôle sanguin direct lors des compétitions.
Ces prérogatives ont contribué à faire de l'EPO, le produit des sports de durée. Aux dires de certains spécialistes, c'est le processus d'entraînement en entier qui serait géré à partir de l'EPO et de l'évolution du taux de globules rouges qu'elle engendre. Chez un sujet lambda le taux d'hématocrite (% exprimant la concentration des globules rouges dans le sang) se situe dans une fourchette comprise entre 40 et 50% (un peu moins pour une femme). Une première période de prise d'EPO amène ce taux aux alentours de 50-55%. Un entraînement de type longues sorties à allures modérées est effectué conjointement. Dans un deuxième temps, la prise d'EPO amène l'hématocrite aux alentours de 55-60% ; l'entraînement fractionné peut alors donner toute sa mesure.
Si nous reprenons notre planification du parfait dopeur, nous obtenons un programme du type :
- période 1 : produits anabolisants
- période 2 : corticoïdes
- période 3 : hormone de croissance et IGF-1
- période 4 : EPO
Bien évidemment toutes les variations sont possibles, tous les "cocktails" sont envisageables autour de cette base incertaine.
Mais revenons à l'EPO. Là encore, s'agissant d'une hormone, son utilisation n'est pas sans dangers pour le sportif.
Tout d'abord, signalons que sa prise doit être couplée avec celle de fer qui entre dans la composition de l'hémoglobine (le pigment transporteur d'oxygène) contenu dans les globules rouges. Etant donné que les doses sont données de manière empirique (pour ne pas dire farfelues) de nombreux cas de surdosage en fer ont été détectés. Les coureurs surdosés risquent de nombreuses lésions cellulaires (cirrhose, diabète, accidents cardiaques…).
Par ailleurs, l'EPO peut conduire à des embolies. Si elle est injectée trop rapidement, elle peut engendrer un syndrome grippal avec fièvre, frissons, douleurs musculaires…. Autant de symptômes ressentis par tous les coureurs d'une équipe cycliste lors d'une affaire pas ordinaire.
L'affaire PDM
Lors du tour de France 1992, en deux jours, tous les coureurs de l'équipe PDM abandonnent la compétition. Tous présentent les mêmes symptômes : fièvre, fatigue intense, troubles digestifs, fréquence cardiaque accélérée, douleurs dans les muscles et articulations. L'analyse sanguine montre un taux de globules blancs élevé. Elle laisse penser à une infection virale.
Dès le lendemain, les dirigeants de l'équipe tentent une explication puis d'autres. C'est tour à tour une climatisation défectueuse de l'hôtel puis une intoxication alimentaire dans un autre hôtel qui seraient à l'origine du mal. Problème, l'encadrement logé à la même enseigne n'est pas touché.
Le lendemain de la dernière tentative d'explication, ce n'est plus un virus qui est mis en cause mais une bactérie. 10 jours plus tard, les responsables seraient les boissons de course qui auraient été infectées par la salmonelle. Ceci expliquerait pourquoi seuls les coureurs ont été contaminés. Encore une semaine plus tard, les boissons sont innocentées. En effet, il faut à présent expliquer le fait que les coureurs n'aient pas subi de diarrhées. Nouveau coupable, une injection d'intralipides (solution à base de lipides destinée à reconstituer les stocks énergétiques) aurait été infectée car non tenue dans un endroit réfrigéré. Les explications s'arrêteront là.
Moins d'un mois après l'affaire, Erik Breukink, le leader de l'équipe, déclare que les coureurs ont été contraints de mentir.
En fait, deux explications beaucoup plus plausibles ont été avancées par d'autres médecins. La plus probable incrimine la prise d'EPO. En effet, l'ingestion massive d'EPO peut s'accompagner d'un syndrome grippal identique à celui observé sur les coureurs de l'équipe PDM.
A propos, il est indiqué sur la notice des Intralipides, que les flacons non entamés peuvent être conservés à température ambiante.
Même si ces péripéties rocambolesques peuvent prêter à sourire, ce qui suit est plus inquiétant.
Le début des années 90 est une véritable période d'essais pour les dopeurs à l'EPO. L'objectif de ces derniers est d'augmenter le plus possible les performances des sportifs. Pour ce faire, ils ne se soucient guère des doses recommandées en thérapeutique mais cherchent la quantité maximale de produit conduisant à l'objectif fixé. Le seul indicateur qui puisse les renseigner est alors la réaction du sportif. Schématiquement le protocole est le suivant : tant qu'il supporte, on double les doses. Selon les produits, ces pratiques peuvent conduire à injecter des quantités 100 voir 200 fois supérieures à celles recommandées par le corps médical. Evidemment, parfois tout ça dérape ; un peu, comme dans le cas de l'affaire PDM, ou beaucoup.
Au début des années 90, en un an et demi, environ 20 coureurs professionnels sont mystérieusement décédés. Les autopsies relevaient à chaque fois une grande viscosité du sang et la formation de caillots obstruant les artères… autant d'effets secondaires de l'EPO.
Actuellement, la prise d'EPO semble mieux maîtrisée. Peut être est-elle même déjà dépassée !
EPO et consœurs
Pourquoi se contenter de l'EPO quand on peut avoir mieux ?
C'est ce que doivent se dire les dopeurs. Or, ceux-ci disposent déjà d'hormones capables d'activer ou de seconder l'action de l'EPO. L'interleukine 3 par exemple est un facteur de croissance capable d'activer la production, par la moelle osseuse, des éléments figurés du sang (notamment globules blancs et rouges). Utilisé en mélange avec l'EPO, il donne des résultats très "prometteurs".
Autres substances dont les médias risquent de se faire l'écho dans quelques années, le facteur SCF (Stem Cell Factor). Ce dernier active la production des cellules souches (avant différenciation) de la moelle osseuse. De quoi donner un nouveau coup de fouet à la production de globules rouges. Selon le docteur Gérard Dine, qui est à l'origine du suivi longitudinal des sportifs français, ce produit est déjà utilisé dans le milieu sportif alors qu'il n'est pas encore commercialisé. Une fois encore, les dopeurs n'attendent pas de savoir, ils agissent.
EPO et après
A une époque où les instances sportives, politiques et judiciaires se battent pour savoir si elles doivent légaliser des tests sanguins anti-EPO quasiment inutiles, les chercheurs ont déjà trouvé des petits composés peptidiques capables de remplacer cette hormone.
Il y a déjà 5 ans de cela (1996), un article publié dans la revue Science faisait état de la mise au point d'une petite molécule très simple appelée EMP (Erythropoietin Mimetic Peptide) capable de plagier l'action de l'EPO. Cette molécule vient se placer sur les récepteurs spécifiques à cette hormone induisant les mêmes adaptations qu'elle (stimulation de la production de globules rouges). Le développement de ce produit est déjà lancé. Nul doute, qu'il arrivera bientôt dans les os des coureurs.
Parallèlement, de l'EPO nouvelle génération est à l'étude. Avec cette nouvelle molécule, plus besoin de trois prises par semaines ; une seule suffit. A cette cadence, pour qu'un sportif se fasse prendre aux contrôles, il faudrait vraiment qu'il le fasse exprès !
Puisque l'on est dans les produits d'avenir, faisons un tour du côté des PFC.
Les PFC
Les perfluorocarbones (PFC) sont des molécules complètement artificielles produites au départ pour des raisons industrielles (elles entrent notamment dans la composition du fréon qui servait au refroidissement des anciens réfrigérateurs). Ces composés ont la faculté de dissoudre l'oxygène et de la relarguer à volonté.
Dans l'organisme, l'oxygène est transporté à près de 98% en liaison avec l'hémoglobine contenue dans les globules rouges. Les 2% restant sont dissous directement dans le liquide. Bien que peu important en quantité, cet oxygène dissolu occupe un rôle physiologique important dans la mesure où il est très rapidement disponible pour les muscles.
En augmentant la quantité d'oxygène dissous, les PFC pourraient jouer un rôle non négligeable pour la réussite en endurance.
Le problème que doivent actuellement résoudre les dopeurs consiste à obtenir des émulsions stables et stériles pour l'organisme.
Les risques peuvent être de type infections ou mécaniques (embolie gazeuse = obstruction des vaisseaux sanguins par des bulles de gaz).
Avec les PFC et autres EMP, nous sommes déjà dans un présent à venir. D'autres techniques nous font basculer dans la dope du 21ème siècle
7 au service de nos gènes
Dans les chapitres précédents, nous nous situions au niveau des hormones. Or, l'élaboration de ces substances dépend d'informations qui se trouvent dans le cœur de la cellule. Pour être plus précis, l'acide désoxyribonucléique (ADN) est la molécule qui contient les informations qui servent à l'élaboration des protéines corporelles. Dans ces gènes se trouvent en puissance tout ce que notre biologie est.
Le passage des gènes (portion d'information codant pour une protéine) situés sur l'ADN aux tissus corporels est soumis à l'influence de nombreuses rétroactions intervenant à tous les niveaux de l'organisme.
Quand les scientifiques connaîtront la carte génétique humaine (c'est pour bientôt) et bien avant qu'ils ne maîtrisent l'ensemble des interactions entre les gènes et des rétroactions entre gènes et "environnement", ils pourront "manipuler" les propriétés de l'organisme. Introduire de nouvelles bases afin de changer les propriétés de tels gènes codant pour tels tissus, agir sur l'expression de tel gène afin qu'il n'entrave pas l'action de tel autre…
quel avenir ?
Jusqu'ou iront les possibilités humaines ? Jusqu'à remplacer un ou plusieurs gènes pas suffisamment "performants" ? Jusqu'à introduire des gènes animaux codant, par exemple, pour des catégories de fibres plus rapides que celles développées par l'espèce humaine ?Jusqu'à choisir dès le départ les meilleurs gènes pour les "plus offrants" ? Jusqu'à reproduire à l'identique un athlète exceptionnel ? Jusqu'à produire un coureur disposant de 6 membres inférieurs ?
Sans aller aussi loin, comment ne pas imaginer qu'un médecin dopeur connaissant le gène codant pour telle enzyme aérobie tente de l'activer ou de le modifier pour l'amener à accroître le potentiel oxydatif de l'enzyme ?
Même si pour le moment, ces interrogations peuvent prêter à sourire, ne doutons pas du fait que seules des considérations éthiques pourraient éviter qu'elles se réalisent.
Ce que nous venons de dire est peut être bien à venir. En revanche, les techniques de génie génétique permettant de synthétiser des protéines sont bien actuelles.
Des tendons et des muscles en éprouvettes
Actuellement, les techniques de génie génétique sont utilisées pour copier des molécules naturelles et les faire se multiplier in vitro. Nous avons déjà parlé de l'EPO, de l'hormone de croissance qui sont produites de cette manière. D'autres substances contrôlant la croissance des neurones, des vaisseaux, des muscles, des tendons, des os… seront bientôt à la disposition des dopeurs. Ces derniers pourront bientôt faire leur marché de manière à sélectionner les facteurs de croissances susceptibles de coller au plus près aux qualités requises par les différents sports.
Mieux encore, il sera bientôt possible de prélever un morceau de muscle ou de tendon, de le faire proliférer dans une éprouvette avec un facteur de croissance et de le réimplanter au sportif. Cette technique est déjà utilisée dans le milieu médical avec du cartilage. D'ici à imaginer qu'un sportif dispose par avance de sa "banque" de tissus prêts à être utilisés en cas de pépin…
Dans une telle hypothèse, il n'aurait même pas à subir des prélèvements des différents types de tissus. Rien n'empêche d'imaginer une simple ponction de cellules souches permettant, par la suite, de différencier les tissus in vitro. Quelques cellules pour un stock de muscles et de tendons prêts à l'emploi. L'échange est équitable !
Ce n'est pas tout, d'autres axes de recherche sont en cours :
- la modification des seuils de sensibilités des récepteurs hormonaux,
- l'amélioration du transport et de la durée de vie des hormones dans l'organisme,
- l'activation de neurotransmetteurs agissant au niveau du système nerveux central…
Stoppons là même si tout n'a pas été dit.
Nous aurions encore pu parler d'ACTH, de 2-3 DPG, d'IMAO, d'utilisation de la pilule à d'autres fins que la contraception, de masques à oxygène placés dans les vestiaires de clubs de football et dont on ne sait quoi d'autre encore
Un rouleau compresseur est lancé. Après être passé par les aliments, par les stimulants, par les hormones, il a entamé l'ère des gènes. Faisons attention à ne pas nous faire écraser.
Mais tant que des hommes réimplanteront des embryons de vaches dans des ventres de lapines pour baisser les frais de transport…
NB : d'autres menues méthodes utilisées à des fins de performance sont rassemblées dans la prochaine page de ce secteur